Paroisse cathédrale Saint-Jean de Maurienne
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      Le chemin de croix - 2015

Le chemin de croix - 2015

Pour le Carême, nous vous proposons de vivre chaque vendredi un chemin de croix dans une église différente.

En voici les dates :

20 février : cathédrale

27 février : Jarrier

6 mars : Villargondran

13 mars : Montvernier (avec Hermillon et Le Châtel)

20 mars : Villargondran

27 mars : Les Arves

3 avril : cathédrale

Veuillez trouver ci-dessous un chemin de croix pour votre méditation domestique.

CHEMIN DE CROIX
RÉDIGÉ PAR LE PAPE JEAN PAUL II

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Amen

PREMIÈRE STATION
Jésus est condamné à mort

De l’Évangile selon saint Marc15, 14-15

La foule cria de nouveau : « Crucifie-le ! »
Pilate voulant contenter la foule, relâcha Barabbas,
et après avoir fait flageller Jésus,
il le livra pour qu’il soit crucifié.

MÉDITATION

La sentence de Pilate a été rendue sous la pression des grands prêtres et de la foule. La peine de mort par crucifixion devait apaiser leurs exigences, être une réponse à leurs cris : « Crucifiez-le ! Crucifiez-le ! » (Mc 15,13-14, et par.). Le gouverneur romain pensait se désolidariser de cette sentence en se lavant les mains, de même que précédemment il s’était désolidarisé des paroles du Christ, qui avait identifié son Royaume à la vérité, au témoignage donné sur la vérité (Jn 18, 38). Dans l’un et l’autre cas, Pilate cherchait à préserver son indépendance, en se tenant en quelque sorte à l’écart, mais ce n’était qu’une apparence. La croix à laquelle avait été condamné Jésus de Nazareth (cf. Jn 19, 16), comme aussi sa vérité sur le Royaume (cf. Jn 18, 36-37), devaient toucher le Gouverneur au plus profond de son âme. Telle était et telle est la Réalité face à laquelle on ne peut rester à l’écart ou en marge. Le fait que Jésus, le Fils de Dieu, ait été interrogé sur son Royaume et que pour cela il ait été jugé par un homme, et condamné à la peine capitale, constitue le principe de l’ultime témoignage de Dieu qui a tellement aimé le monde (cf. Jn 3, 16).
Nous nous trouvons face à ce témoignage et nous savons qu’il ne nous est pas permis de nous en laver les mains.

DEUXIÈME STATION
Jésus est chargé de la Croix

De l’Évangile selon saint Marc.15, 20

Quand ils se furent bien moqués de lui,
ils lui ôtèrent le manteau rouge,
et lui remirent ses vêtements.
Puis ils l’emmenèrent pour le crucifier.

MÉDITATION

L’exécution commence en application de la sentence. Jésus, condamné à mort, doit être chargé de la Croix, de même que les deux autres condamnés qui doivent subir la même peine. « Il a été compté parmi les pécheurs » (Is 53, 12). Le Christ s’approche de la Croix, le corps lacéré et meurtri, le visage ensanglanté sous la couronne d’épines : « Ecce Homo ! » (Jn 19, 5). En lui est toute la vérité sur « le Fils de l’homme » annoncée par les prophètes, la vérité sur « le Serviteur de Yahvé » annoncée par Isaïe : « Il a été transpercé à cause de nos péchés... et c’est grâce à ses plaies que nous sommes guéris » (Is 53, 5)
Il y a aussi en lui une certaine conséquence, suscitant la stupeur, de ce que l’homme a fait de son Dieu. Pilate dit : « Ecce Homo » (Jn, 19, 5), « Regardez ce que vous avez fait de cet homme ! » Dans cette exclamation, une autre voix semble vouloir s’élever : « Regardez ce qu’en cet homme vous avez fait de votre Dieu ! »
Un rapprochement saisissant, une interférence frappante entre la voix de celui que nous entendons à travers l’histoire et ce qui nous parvient à travers notre conscience de croyants. Ecce Homo ! Jésus, « dit le Messie » (Mt 27, 17), charge la Croix sur ses épaules (cf. Jn 19, 17). L’exécution a commencé.

TROISIÈME STATION
Jésus tombe pour la première fois

Du livre du prophète Isaïe 53, 4-6

Pourtant, c’étaient nos souffrances qu’il portait,
nos douleurs dont il était chargé.
Et nous, nous pensions qu’il était châtié,
frappé par Dieu, humilié.
Or, c’est à cause de nos fautes qu’il a été transpercé,
c’est par nos péchés qu’il a été broyé.
Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui,
et c’est par ses blessures que nous sommes guéris.
Nous étions tous errants comme des brebis,
chacun suivait son propre chemin.
Mais le Seigneur a fait retomber sur lui
nos fautes à nous tous.

MÉDITATION

Jésus tombe sous le poids de la Croix. Il tombe par terre. Il ne recourt pas à ses forces surhumaines, il ne recourt pas à la puissance des anges. « Penses-tu donc que je ne puisse pas faire appel à mon Père, qui me fournirait sur-le-champ plus de douze légions d’anges ? » (Mt 26, 53). Il ne demande pas cela. Puisqu’il a accepté le calice des mains de son Père (cf. Mc 14, 26, et par.), il veut le boire jusqu’à la lie. C’est ce qu’il veut. Et c’est pourquoi il ne pense à aucune force surhumaine, bien qu’elles soient à sa disposition. Ils peuvent éprouver un douloureux émerveillement, ceux qui avaient vu son pouvoir sur les faiblesses humaines, sur les mutilations, sur les maladies, sur les infirmités et même sur la mort. Et maintenant ? Va-t-il y renoncer ? Et pourtant « nous espérions... », disent quelques jours plus tard les disciples sur le chemin d’Emmaüs (cf. Lc 24, 21). « Sauve-toi toi-même si tu es le Fils de Dieu » (Mt 27, 40), s’exclameront les membres du Sanhédrin : « Il en a sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même » (Mc 15, 31 ; Mt 27, 42), criera la foule.
Quant à lui, il accepte toutes ces invectives qui semblent anéantir le sens de sa mission, de ses discours, de ses miracles. Il accepte toutes ces paroles, il ne veut pas les contredire. Il veut être insulté. Il veut chanceler. Il veut tomber sous le poids de la Croix. Il veut. Il est fidèle jusqu’au bout, jusque dans les moindres détails à la parole de l’Écriture : « Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (Mc 14, 36, et par.).
Des chutes du Christ sous le poids de la Croix, Dieu tirera le salut de l’huma
nité.

QUATRIÈME STATION
Jésus rencontre sa Mère

De l’Évangile selon saint Luc.2, 34 - 35. 51

Syméon dit à Marie sa mère :
« Vois, ton fils qui est là
provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël.
Il sera un signe de division.
Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée... »
Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements.

MÉDITATION

La Mère. Marie rencontre son Fils sur le chemin de la croix. Sa Croix à lui devient sa croix à elle ; l’humiliation du Christ devient celle de sa mère ; son opprobre public devient aussi le sien. Tel est l’ordre humain des choses. C’est ce que doivent ressentir ceux qui entourent Marie et c’est ce que ressent son cœur : « Un glaive te transpercera l’âme » (Lc 2, 35). La prophétie annoncée alors que Jésus avait quarante jours s’accomplit en cet instant. Elle atteint désormais sa plénitude. Marie se dirige donc vers ce glaive invisible, vers le Calvaire de son Fils, vers son propre calvaire. La piété chrétienne la voit avec ce glaive dans le cœur, et c’est ainsi qu’elle la peint et la sculpte. Mère des douleurs.
« O toi qui as compati avec lui ! », répètent les fidèles, conscients au plus profond de leur cœur qu’il convient d’exprimer ainsi le mystère de cette souffrance. Bien que ce soit sa souffrance propre qui l’atteint dans la profondeur même de sa maternité, cependant la pleine vérité de cette souffrance est exprimée par le mot compassion. Elle appartient au mystère même : elle exprime en quelque sorte son union avec la souffrance de son Fils.

CINQUIÈME STATION
Simon de Cyrène aide Jésus à porter la Croix

De l’Évangile selon saint Marc15, 21-22.

Ils réquisitionnèrent, pour porter la croix, un passant,
Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus,
qui revenait des champs.
Et ils amenèrent Jésus à l’endroit appelé Golgotha,
c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne, ou Calvaire.

MÉDITATION

Simon de Cyrène, appelé à porter la croix (cf. Mc 15, 21 ; Lc 23, 26), ne voulait certainement pas la porter. Il y a donc été contraint. Il marchait à côté du Christ, ployant sous le même fardeau. Il lui offrait ses épaules, parce que celles du Condamné s’avéraient trop faibles. Il était tout près de lui. Plus près que Marie, plus près que Jean qui, bien qu’il fût un homme, n’a pas été appelé à l’aider. On l’a appelé, lui, Simon de Cyrène, père d’Alexandre et de Rufus, comme le note l’Évangile de Marc (15, 21). Ils l’ont appelé, ils l’ont forcé.
Combien de temps a duré cette contrainte ? Combien de temps a-t-il marché à côté de lui, faisant valoir par son attitude qu’il n’avait rien de commun avec le Condamné, ni avec sa faute, ni avec sa peine ? Combien de temps a-t-il marché ainsi, intérieurement divisé, avec une barrière d’indifférence vis-à-vis de l’Homme qui souffrait ? « J’étais nu, j’avais soif, j’étais prisonnier » (cf. Mt 25, 35.36), j’ai porté la croix... et : L’as-tu portée avec moi ? L’as-tu vraiment portée avec moi jusqu’au bout ? »
On ne le sait pas. Saint Marc donne seulement le nom des fils du Cyrénéen. Et la tradition rapporte qu’ils appartenaient à la communauté des chrétiens de l’entourage de saint Pierre (cf. Rm 16, 13).

SIXIÈME STATION
Véronique essuie le visage de Jésus

Du livre du Prophète Isaïe 53, 2-3

Il n’était ni beau ni brillant pour attirer nos regards,
son regard n’avait rien pour nous plaire.
Il était méprisé, abandonné de tous,
homme de douleurs, familier de la souffrance,
semblable au lépreux dont on se détourne.

MÉDITATION

La tradition nous parle également de Véronique. Peut-être complète-t-elle l’histoire du Cyrénéen. Car il est certain que - bien que, étant une femme, elle n’ait pas physiquement porté la croix et qu’elle n’ait pas été contrainte à le faire -, elle a sans aucun doute porté la croix avec Jésus : elle l’a portée comme elle a pu, comme elle a pu le faire à cet instant, comme le lui dictait son cœur, et elle a essuyé sa face.
Ce détail, rapporté par la tradition, semble facile à expliquer : sur l’étoffe dont elle s’est servie pour essuyer le visage du Christ, ses traits ont laissé leur empreinte. Parce qu’il était tellement couvert de sang et de sueur, il pouvait laisser ses traces et ses contours.
Mais, si on le considère à la lumière du discours eschatologique du Christ, le sens de ce détail peut être interprété autrement. Nombreux sont sans aucun doute ceux qui demanderont : « Seigneur, quand est-ce que nous l’avons fait ? » Et Jésus répondra : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (cf. Mt 25, 37-40). Le Sauveur imprime en effet sa ressemblance sur tout acte de charité, comme sur le voile de Véronique.

SEPTIÈME STATION
Jésus tombe pour la deuxième fois

Du livre des Lamentations 3, 1-2. 9. 16

Je suis l’homme qui a connu la misère,
sous la verge de sa fureur.
C’est moi qu’il a conduit et fait marcher
dans les ténèbres et sans lumière.
Il a barré mes chemins avec des pierres de taille,
obstrué mes sentiers.
Il a brisé mes dents avec du gravier,
il m’a nourri de cendre.

MÉDITATION

« Et moi, je suis un ver, pas un homme, raillé par les gens, rejeté par le peuple » (Ps 22 [21], 7). Ce psaume prophétique trouve sa pleine réalisation dans les ruelles étroites et escarpées de Jérusalem, au cours des dernières heures avant la Pâque. Et nous savons que ces heures qui précèdent la fête sont fiévreuses, que les ruelles sont bondées. C’est dans ce contexte que s’accomplissent les paroles du Psalmiste, même si personne n’y pense. Ils ne s’en rendent pas compte, ceux qui montrent leur mépris, ceux pour lesquels il est devenu la risée, ce Jésus de Nazareth qui tombe pour la deuxième fois sous le poids de la Croix.
Mais il le veut, il veut que s’accomplisse la prophétie. Aussi tombe-t-il, exténué par l’effort. Il tombe par la volonté du Père, qui s’est aussi exprimée dans les paroles du Prophète. Il tombe par sa propre volonté, sinon « comment s’accompliraient les Écritures ? » (Mt 26, 54) : « Je suis un ver, pas un homme » (Ps 22 [21], 7). Donc, pas même l’« ecce homo » (Jn 19, 5), mais encore moins, encore pire.
Le ver rampe, collé à la terre ; l’homme, au contraire, comme roi de la création, marche debout sur la terre. Le ver ronge aussi le bois : comme le ver, le remords ronge la conscience de l’homme. Remords pour la deuxième chute du Christ.

HUITIÈME STATION
Jésus rencontre les femmes de Jérusalem

De l’Évangile selon saint Luc 23, 28-31

Il se retourna et leur dit :
« Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi !
Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants !
Voici venir des jours où l’on dira :
“Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté,
celles qui n’ont pas allaité !”
Alors on dira aux montagnes :
“Tombez sur nous”, et aux collines : “Cachez-nous”.
Car si l’on traite ainsi l’arbre vert,
que deviendra l’arbre sec ? ».

MÉDITATION

Voilà l’appel au repentir, au véritable repentir, au regret, voyant dans toute sa vérité le mal commis. Jésus dit aux femmes de Jérusalem qui pleurent en le voyant : « Ne pleurez pas sur moi, pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! » (Lc 23, 28). On ne peut rester à la surface du mal, il faut aller à ses racines, aux causes, à la vérité de la conscience dans sa profondeur.
C’est précisément ce que veut nous dire Jésus en portant sa Croix, lui qui, depuis toujours, « connaissait par lui-même ce qu’il y a dans l’homme » (Jn 2, 25), et qui le connaît toujours. C’est pourquoi il doit rester à jamais le témoin le plus proche de nos actes et des jugements que, dans notre conscience, nous formulons sur ces actes. Peut-être même nous donne-t-il de comprendre qu’il faut que ces jugements soient pondérés, raisonnables, objectifs - « Ne pleurez pas », dit-il - mais en même temps liés avec tout ce que contient cette vérité : il nous en avertit parce que c’est lui qui porte la Croix.
Je t’en supplie, Seigneur, fais que je sache vivre et marcher dans la vérité !

NEUVIÈME STATION
Jésus tombe pour la troisième fois

Du livre des Lamentations 3, 27-32

Il est bon pour l’homme de porter le joug
dès sa jeunesse,
que solitaire et silencieux il s’asseye
quand le Seigneur l’impose sur lui,
qu’il mette sa bouche dans la poussière :
peut-être y a-t-il de l’espoir !
Qu’il tende la joue à qui le frappe,
qu’il se rassasie d’opprobres !
Car le Seigneur ne rejette pas...
s’il a affligé, il prend pitié
selon sa grande bonté.

MÉDITATION

« Il s’est abaissé lui-même, en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix ! » (Ph 2, 8). Chaque station sur ce chemin est une borne milliaire de cette obéissance et de cet anéantissement.
Nous prenons conscience de la mesure de cet anéantissement quand nous commençons à suivre les paroles du Prophète : « Le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous... Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin, mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous » (Is 53, 6).
Nous nous rendons compte de la mesure de cet anéantissement lorsque nous voyons Jésus tomber de nouveau pour la troisième fois, sous le poids de la Croix. Nous en prenons conscience quand nous voyons qui est Celui qui tombe, Celui qui gît dans la poussière du chemin, sous le poids de la Croix, aux pieds des gens hostiles, qui ne lui ménagent aucune humiliation ni aucun affront.
Qui est Celui qui tombe ? Qui est Jésus Christ ? « Lui, qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même, en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix » (Ph 2, 6-8).

DIXIÈME STATION
Jésus est dépouillé de ses vêtements

De l’Évangile selon saint Marc 15, 24

Alors ils le crucifient,
puis se partagent ses vêtements,
en tirant au sort pour savoir la part de chacun.

MÉDITATION

Alors qu’au Golgotha Jésus est dépouillé de ses vêtements (cf. Mc 15, 24, et par.), nos pensées reviennent vers sa Mère, vers les origines mêmes de ce corps qui, sur le point d’être crucifié, n’est plus qu’une grande plaie (cf. Is 52, 14). Le Mystère de l’Incarnation : le Fils de Dieu prend corps dans le sein de la Vierge (cf. Mt 1, 23 ; Lc 1, 26-38). Le Fils de Dieu parle à son Père par la bouche du Psalmiste : « Tu ne demandais ni holocauste ni victime pour le péché, ... mais tu m’as fait un corps » (Ps 40 [39] 8. 7 ; He 10, 6. 5). Le corps de l’homme exprime son âme. Le corps du Christ exprime l’amour pour son Père : « Alors j’ai dit : voici, je viens... pour faire, ô Dieu, ta volonté (. Ps 40 [39], 9 ; He 10, 7). « Je fais toujours ce qui lui plaît » (Jn 8, 29). Ce corps dépouillé accomplit la volonté du Fils et celle du Père par chaque blessure, par chaque contraction de douleur, par chaque muscle déchiré, par chaque goutte de sang qui coule, par l’épuisement des bras, par les meurtrissures du cou et des épaules, par l’atroce élancement dans les tempes. Ce corps accomplit la volonté du Père alors qu’il est dépouillé de ses vêtements et traité comme un objet de supplice, alors qu’il cache en lui l’immense douleur de l’humanité profanée.
Le corps de l’homme est profané de diverses manières.
Près de cette station, nous devons penser à la Mère du Christ, car dans son cœur, et ensuite par ses yeux et dans ses mains, le corps du Fils de Dieu a été pleinement adoré.

ONZIÈME STATION
Jésus est cloué à la Croix

De l’Évangile selon saint Marc15, 25-27

Il était neuf heures lorsqu’on le crucifia.
L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots :
« Le roi des Juifs ».
Avec lui on crucifie deux bandits,
l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.

MÉDITATION

« Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os » (cf. Ps 22 [21], 17-18). Ils ont compté : quelles paroles prophétiques ! On sait pourtant que ce corps est un gage, que le corps entier est un grand gage, c’est-à-dire les mains, les pieds et chaque os. Tout l’homme est au paroxysme de la tension : squelette, muscles, système nerveux, chaque organe, chaque cellule, tout est au paroxysme de la tension. « Et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12, 32).
Voilà la phrase qui exprime pleinement la réalité de la crucifixion. En fait partie cette atroce tension qui envahit les mains, les pieds et les os. Atroce tension du corps que l’on a cloué comme un objet sur les montants de la croix pour l’anéantir jusqu’au bout dans les convulsions de la mort. Et le monde entier entre dans cette réalité même de la crucifixion, le monde que Jésus veut attirer à lui (cf. Jn 12, 32). Le monde a en lui le poids de ce corps inerte qui pèse vers le bas.
La souffrance du Crucifié résulte précisément de ce poids.
« Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut » (Jn 8, 23). Sur la Croix, les premières paroles de Jésus sont : « Mon Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font » (Lc 23, 34).

DOUZIÈME STATION
Jésus meurt sur la Croix

De l’Évangile selon saint Marc 15, 33-34. 37. 39

Quand arriva l’heure de midi,
il y eut des ténèbres sur toute la terre
jusque vers trois heures.
Et à trois heures,
Jésus cria d’une voix forte :
« Éloì, Éloì, lama sabactani ? »,
ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »...
Mais Jésus, poussant un grand cri, expira...
Le centurion qui était là en face de Jésus,
voyant comment il avait expiré, s’écria :
« Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ».

MÉDITATION

Voici la plus haute, la plus sublime action du Fils uni au Père. Oui : uni, dans l’union la plus profonde qui soit, au moment même où il crie : « Éloì, Éloì, lama sabactani ? », « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15, 34 ; Mt 27, 46). Cette action s’exprime par le corps tendu le long du montant vertical de la croix et par les bras étendus sur le montant transversal. L’homme qui regarde ces bras peut imaginer l’effort déployé pour embrasser l’homme et le monde.
Ils embrassent.
Voici l’homme. Voici Dieu lui-même. « C’est en lui qu’il nous est donné de vivre, de nous mouvoir, d’exister » (Ac 17, 28). En lui : entre ces bras étendus sur le montant transversal de la Croix.
Le mystère de la Rédemption.
Jésus cloué à la Croix, immobilisé dans cette terrible position, invoque le Père (cf. Mc 15, 34 ; Mt 27, 46 ; Lc 23, 46). Toutes ses invocations témoignent qu’Il est un avec Lui. « Le Père et moi, nous sommes UN » (Jn 10, 30) ; « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9) ; « Mon Père, jusqu’à maintenant, est toujours à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre » (Jn 5, 17).

TREIZIÈME STATION
Jésus est descendu de la Croix

De l’Évangile selon saint Marc15, 42-43.46

Déjà le soir était venu ;
Joseph d’Arimathie, homme influent, membre du Conseil,
qui attendait lui aussi le royaume de Dieu,
ayant acheté un linceul,
descendit le corps de Jésus de la croix.

MÉDITATION

Au moment où le corps de Jésus est descendu de la croix et déposé dans les bras de sa Mère, apparaît de nouveau devant nos yeux cet instant où Marie a accepté la salutation de l’ange Gabriel : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus... Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père... et son règne n’aura pas de fin » (Lc 1, 31-33). Marie a seulement répondu : « Que tout se passe pour moi selon ta parole ! » (Lc 1, 38), comme si elle avait voulu exprimer alors ce qu’elle est en train de vivre en ce moment.
Dans le mystère de la Rédemption, se nouent la Grâce, c’est-à-dire le don de Dieu lui-même, et le « rachat » du cœur de l’homme. Dans ce mystère, nous sommes gratifiés d’un Don qui vient d’en haut (cf. Jc 1, 17) et en même temps nous sommes rachetés par la rançon du Fils de Dieu (cf. 1 Co 6, 20 ; 7, 23 ; Ac 20, 28). Et Marie, qui fut plus que tous comblée de dons, paie aussi le prix fort. Avec son cœur.
À ce mystère est liée la merveilleuse promesse formulée par Syméon au moment de la présentation de Jésus au temple : « Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée. Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre » (Lc 2, 35).
Cela aussi s’accomplit. Combien de cœurs humains s’ouvrent-ils devant le cœur de cette Mère qui a payé un si grand prix !
Jésus est de nouveau tout entier dans ses bras comme il l’a été dans l’étable de Bethléem (cf. Lc 2, 16), durant la fuite en Égypte (cf. Mt 2, 14), à Nazareth (cf. Lc 2, 39-40). La Pietà.

QUATORZIÈME STATION
Jésus est déposé dans le tombeau

De l’Évangile selon saint Marc15, 46-47

Joseph d’Arimathie,
ayant enveloppé le corps de Jésus dans un linceul,
le déposa dans un sépulcre qui était creusé dans le roc.
Puis il roula une pierre
contre l’entrée du tombeau.
Or Marie-Madeleine
et Marie, mère de José,
regardaient l’endroit où on l’avait mis.

MÉDITATION

Depuis le moment où l’homme, à cause du péché, a été écarté de l’arbre de vie (cf. Gn 3, 23-24), la terre est devenue un cimetière. Autant d’hommes, autant de tombeaux ! Une grande planète de tombes.
Près du Calvaire, se trouvait une tombe qui appartenait à Joseph d’Arimathie (cf. Mt 27, 60). C’est là, avec l’accord de Joseph, que le corps de Jésus fut placé après la descente de la Croix (cf. Mc 15, 42-46, et par.). On l’y déposa en hâte, afin que tout soit fini avant la fête de la Pâque (cf. Jn 19, 31), qui commençait au crépuscule.
Parmi toutes les tombes dispersées sur les continents de notre planète, il y en a une dans laquelle le Fils de Dieu, l’homme Jésus Christ, a vaincu la mort par la mort. « O mors ! Ero mors tua ! » (Samedi saint, 1re antienne des Laudes). L’arbre de la Vie, dont l’homme a été éloigné à cause du péché, s’est révélé aux hommes d’une manière nouvelle dans le corps du Christ. « Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie » (Jn 6, 51).
Bien que notre planète continue de se peupler de tombes, et que s’étende le cimetière dans lequel l’homme issu de la poussière retourne en poussière (cf. Gn 3, 19), tous les hommes qui regardent vers la tombe de Jésus Christ vivent cependant dans l’espérance de la Résurrection.

Photos du chemin de croix de la chapelle de la maison diocésaine de Saint-Jean de Maurienne.

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